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    Modules > Famille et communauté dans le monde homérique > Maison et famille

    Les devoirs envers les défunts

    "Zeus à Apollon: Va maintenant, cher Phoebos, va soustraire aux traits Sarpédon, efface sur lui le sang noir; puis porte-le bien loin, et lave-le dans l'eau courante d'un fleuve. Oins-le ensuite d'ambroisie, revêts-le de vêtements divins: enfin remets-le aux porteurs rapides qui doivent l'emporter, Hypnos et Thanatos, dieux jumeaux. Ils auront tôt fait de le déposer au gras pays de Lycie où ses frères et ses parents l'enterreront dans un tombeau, sous une stèle puisque tel est l'hommage dû aux morts." Iliade, XVI 666-675 (trad. Mazon)

    Dans la poésie héroïque, la question de la mort est un thème primordial. Le héros homérique ne croit pas à une vie consciente dans l'au-delà. L'Hadès, monde des morts, est un lieu où les âmes végètent sans mémoire ni conscience, pareilles à des fantômes. Le monde homérique ne connaît pas la distinction d'un paradis et d'un enfer, il ignore l'idée d'un jugement dernier. L'accès au monde des morts exige cependant la cérémonie des funérailles. Si le mort ne s'inquiète pas de son devenir dans l'Hadès, il se soucie, en revanche, de la survie de son nom et de sa renommée dans le monde des vivants; il aspire à un nouveau statut social qui lui vaudra d'exister en tant que figure de mémoire. Dans le monde homérique, la mort ne peut être véritablement transcendée et dépassée que sur le mode de la mémoire.
    En signifiant le passage du mort dans l'Hadès, les funérailles permettent aussi à la société de conférer au défunt son nouveau statut de figure de mémoire et de référence. La poésie homérique décrit plusieurs cérémonies funéraires qui diffèrent dans le détail et dont aucune ne peut être retenue comme une procédure type (les funérailles de Sarpédon sont conduites par des dieux, celles de Patrocle marquées par l'excès et celles d'Hector diminuées du moment de la toilette déjà effectuée par Achille). On peut cependant reconnaître, dans les grandes lignes, le déroulement général de la cérémonie. Le corps du mort est d'abord lavé et vêtu. Après la toilette, le mort est exposé sur un lit (prothesis), tandis que ses proches le pleurent; Patrocle est pleuré par les Myrmidons, Hector par un chœur de femmes qui répond au thrène (chant funèbre) d'aèdes professionnels. La durée de l'exposition du mort n'est pas fixe, dix-sept jours pour Achille, neuf pour Hector; durant l'exposition du mort, les hommes construisent aussi le bûcher sur lequel le mort est placé. Sur le bûcher de Patrocle, Achille immole des animaux ainsi que douze jeunes Troyens, mais aucun sacrifice n'est signalé pour les funérailles d'Hector. Après l'incinération, le feu est éteint avec une libation de vin, les os du mort sont recueillis et placés dans une urne qu'on enveloppe encore de tissus avant de la déposer dans une fosse. Une rangée de pierres est placée au-dessus de l'urne puis, en versant de la terre, on édifie le tertre (sêma); on célèbre enfin un banquet et des jeux en l'honneur du mort peuvent être célébrés.




    Bibliographie pour la fiche
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