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    Module > Naissance et petite enfance à l'époque romaine > Naître différent

    L'époque impériale: du prodige au phénomène de foire

    "Il naît aussi des êtres qui participent des 2 sexes: nous les appelons hermaphrodites: jadis (on les appelait androgynes et) on les considérait comme des prodiges (prodigia), aujourd'hui, au contraire, comme une source de plaisir."
    Pline, Histoire naturelle, 7.34.


    A l'époque impériale, on ne trouve plus trace de lois, mais des auteurs, comme Sénèque le Jeune, jugent toujours nécessaire la suppression des enfants malformés (De la colère, 1.15.2). La crainte superstitieuse qu'inspirent les êtres anormaux semble s'être progressivement atténuée au fil du temps.

    "Monstres" de cour
    A l'époque impériale, les "monstres" humains ne sont plus supprimés, ils sont recherchés comme des jeux de la nature. Des amuseurs aux corps contrefaits, parfois atteints de déficience mentale, apparaissent dans l'entourage des grands. La compagnie de nains était particulièrement prisée. Si Auguste ne supportait pas de nain dans son entourage, Julie, sa petite-fille en eut deux dont on connaît les noms, Conopas et Andromède (Pline, Histoire naturelle, 7.75). Les empereurs Tibère, Elagabale et Domitien leur portèrent un grand intérêt (Suétone, Tibère 61 et Domitien 4; Histoire Auguste, Alex. Sev. 34.2).

    Les cabinets de curiosités
    Les corps de personnages hors du commun étaient parfois conservés à titre de curiosité. Pline aurait vu deux chevaliers nains, hauts de deux coudées (env. 90 cm.) dans des niches funéraires (Pline, Histoire naturelle, 7.75). Il ajoute que les corps de deux géants de plus de neuf pieds (env. 3 m.) étaient exhibés dans un caveau des jardins de Salluste. Des nouveau-nés monstrueux étaient aussi montrés; Pline aurait ainsi vu un "hippocentaure" conservé dans du miel que l'on avait apporté d'Egypte sous le règne de l'empereur Claude (Pline, Histoire naturelle, 7.35).

    Commerce et exhibition
    De prodige inquiétant, l'enfant anormal devient un phénomène que l'on exhibe, un objet de dérision, une attraction foraine qui n'a pas qualité d'être humain. Saint-Augustin rapporte l'existence d'un enfant dicéphale dont les membres supérieurs étaient doubles, mais qui n'avait qu'une paire de jambes. L'enfant vécut assez longtemps "pour attirer de nombreux visiteurs", une précision qui semble indiquer une sorte d'exhibition (Cité de Dieu, 16.8). Rome avait même son "marché aux monstres" où l'on pouvait acheter des êtres "sans mollets, qui ont trois yeux, ou des têtes d'autruche" (Plutarque,Oeuvres morales, 520c).
    Il était même concevable de fabriquer des monstres. Dans un de ses exercices de rhétorique, Sénèque l'Ancien prend comme thème le sort des enfants abandonnés qui sont exposés aux pires mutilations par de sinistres "briseurs d'os" qui les estropient et les forcent à mendier (Controverses 10.4).



    Links

  • A Telling of Wonders
    Teratology in Western Medicine through 1800, New York Academy of Medicine Library 2002.
  • Femmes à barbe
    Exposition virtuelle sur les Femmes à barbe.
  • La figure du monstre: pistes d'étude
    Alexandre Hougron, La figure du monstre dans la littérature, dans Monstres et images de monstres, sur le site de l'Académie de Versailles.

  • Bibliographie
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